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Bernadette Planès

 

LES NOUVELLES MUSIQUES MEDITERRANEENNES

1- UNE HISTOIRE COMMUNE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA MEDITERRANEITE1

L’histoire de la Méditerranée à été marquée par de nombreux conflits. Dans cet espace, « théâtre de réalités plurielles et opposées {...}, croisée complexe de cultures, d’économies et de systèmes politiques différents »2, il existe pourtant de nombreux éléments qui rendent les peuples méditerranéens proches. 

Une histoire commune

Depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours, les pays de la Méditerranée ont toujours entretenu des relations privilégiées. Faisons un bref rappel des périodes qui ont rapproché les peuples méditerranéens.

a) Périodes d’unité entre les peuples de la Méditerranée

- L’Antiquité grecque

Durant l’Antiquité, la Grèce qui dispose d’une grande puissance influencera de nombreux pays du Bassin, autant sur le plan philosophique et culturel que musical.

« A partir du IIIe siècle av. J.C., la Méditerranée orientale, malgré les conflits entre les royaumes, présente une unité culturelle, une koinè, à la fois par l’usage d’une langue officielle, le grec, et par un système politique que l’on retrouve dans tous les royaumes. »3

Les Grecs fonderont également de nombreux comptoirs autour de la Méditerranée : en Egypte, en Espagne, en Italie, à Marseille.

La Grèce sera un modèle pendant plusieurs siècles et sera progressivement détrônée par Rome.

« L’occupation progressive des rivages méditerranéens par les cités phéniciennes, grecques et étrusques a créé une nouvelle répartition des courants d’échanges. Le monde gréco-oriental y a acquis une situation dominante, mais, en cinq siècles, cet équilibre se modifie au profil d’un pôle occidental, Rome. »4

- L’Empire romain 

Sous l’Empire romain (27 av. J.C - 476 ap. J.C) la Méditerranée se verra véritablement unifiée, pour la seule fois de son histoire, par une politique, une culture, une langue, le latin, puis une religion, le christianisme. On trouvait malgré tout une grande diversité de peuples et de religions au sein de l’Empire, jusqu’à ce qu’en 313, l’Empereur Constantin Ier fasse du christianisme une religion d’Etat. « Rome est arrivée à constituer le monde méditerranéen à proprement dit en un système à demi fermé »5. Les Romains ont fait du Mare Internum leur Mare Nostrum.

- Al Andalus

L’Andalousie du VIIIe siècle à la fin du XVe siècle (époque à laquelle on l’appelait Al Andalus6) fut un âge d’or au niveau culturel et un bel exemple de paix entre les peuples méditerranéens puisque pendant près de sept siècles, Espagnols, Juifs séfarades et Musulmans y vécurent en harmonie.

« Le royaume andalou du IXe au XVe siècle a accompli ce miracle de créer une symbiose entre les trois traditions culturelles et religieuses chrétiennes, juives et arabes inspirant une production artistique tout à fait originale. »7

La musique arabo-andalouse est née des apports de ces différentes cultures. La pluriculturalité d’Al Andalus se retrouve dans la kharja, courte stance poétique écrite en arabe, hébreu ou roman qui concluait le muwashshah (poème chanté de forme libre écrit en arabe littéraire ou semi littéraire né en Al Andalus à la fin du XXe siècle). Les kharja-s « prouvent que la société d’Al Andalus était multilinguale et que les rapports entre les différentes communautés, chrétiennes, juives et musulmanes, n’étaient pas toujours très cloisonnés »8.

- L’Empire ottoman

Du côté Est de la mer, l’Empire ottoman (1453 -1918) a été pendant de nombreux siècles le pont entre l’Orient et l’Occident. Il a apporté les lumières de l’Orient musulman en Europe et a intégré celles venues de l’Occident. A partir du XVe siècle, les Turcs emploient de plus en plus les compétences des étrangers, réfugiés ou ralliés à l’Empire. « L’Empire ottoman n’est donc pas un monde fermé, isolé, refusant tout contact avec l’extérieur, mais au contraire allant chercher dans d’autres pays ce qui apparaît comme un progrès technique ou intellectuel, qu’il vienne de l’Occident ou de l’Orient »9. Dans le domaine musical, la culture ottomane a influencé plusieurs pays comme la Grèce, la Yougoslavie, la Bulgarie, l’Albanie et Chypre.

« Par sa situation géographique, par ses rapports avec des populations d’origines, de religion, de langues et de traditions différentes, l’Empire ottoman a constitué un ensemble humain bigarré, au sein duquel les Turcs ont joué un rôle essentiel, organisé. »10

- L’Humanisme du Moyen-Age

Enfin en Europe, au Moyen-Age, l’Humanisme a amené une pensée et une vision commune entre l’Orient et l’Occident, notamment dans les domaines de la philosophie et de la théologie.

« La culture s’est organisée selon les divers niveaux d’une classification des savoirs qu’on retrouve assez semblable chez tous les penseurs du Moyen Age {…}. Le Moyen Age méditerranéen a été l’âge du dialogue de Dieu et de l’homme, de la foi et de la raison »11.

Malheureusement, « à partir du XIVe siècle, la culture méditerranéenne se scinde, et si une “mentalité” commune demeure partagée par les deux rives, chacune de celles-ci développe différemment sa propre culture et superstructure philosophique »12. On parlera dès lors de Méditerranée orientale et de Méditerranée occidentale.

Les ports et le commerce maritime, caractéristiques de la Méditerranée, jouent un rôle essentiel dans les échanges (commerciaux et culturels) entre les pays, et les mouvements de population. Au fil des siècles, le commerce « favorise les relations entre les différentes parties de la Méditerranée et contribue au développement d’une civilisation commune »13. Ecoutons Jean Giono:

« Ce n’est pas par-dessus cette mer que les échanges se sont faits, c’est à l’aide de cette mer. Mettez à la place un continent et rien de la Grèce n’aurait passé en Arabie, rien de l’Arabie n’aurait passé en Espagne, rien de l’Orient n’aurait passé en Provence, rien de Rome à Tunis. Mais sur cette eau, depuis des millénaires, les meurtres et l’amour s’échangent et un ordre spécifiquement méditerranéen s’établit. »14

SEGUE

1 - « Méditerranéité » est un terme que j’ai eu l’occasion d’entendre à plusieurs reprises lors de mes rencontres avec des musiciens, des ethnomusicologues et diverses personnalités de ce mouvement méditerranéen. Bien que ce mot ne soit pas encore entré dans le dictionnaire, je l’emploie ici car je trouve qu’il définit bien le « caractère méditerranéen d’une chose ».

2  Maria Àngel ROQUE, « Valeurs et modes de vie méditerranéens », in Thierry Fabre (éd.), La Méditerranée créatrice, Editions de l’Aube, La Tour d’Aigues, 1994, p. 77.

3 - Alain TRANOY, « La Méditerranée antique ou la quête de l’unité », in Jean Carpentier et François Lebrun (éd.), Histoire de la Méditerranée, Paris, Seuil, 1998, p. 63.

4 - Alain TRANOY, ibid, p. 57.

5 - Fernand BRAUDEL, La Méditerranée et le monde méditerranéen au temps de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1979, vol. 1, p. 155.

6 - Province qui s’étendait au-delà de l’Andalousie actuelle et qui fut le cœur de l’Espagne maure (califat de Cordoue, royaume de Grenade) jusqu’en 1492.

7 - Entrevue avec Mahmoud Guettat, musicien et musicologue fondateur de l’Institut Supérieur de Musique de Tunis, in Carnet de bord, revue d’ECUME (Echanges Culturels en Méditerranée), n°1, automne 1998, p. 2.

8 - Christian POCHÉ, La musique arabo-andalouse, Arles, Cité de la musique / Actes sud, 1995, pp. 27-29.

9 - Robert MANTRAN, « Les lumières et l’Orient musulman à l’époque ottomane », in Thierry Fabre (éd.), Rencontres d’Averroès. La Méditerranée, frontières et passages, Arles, Actes Sud / Babel, 1999, p. 45.

[1]0 - Ibid, . 41.

[1]1 - Cf. René HABACHI, « Méditerranée, carrefour des cultures» , in Pour une communauté méditerranéenne, Problèmes politiques et sociaux,  n°446, Paris, La documentation française, 1982, p. 31.

[1]2 - Ibid, p. 32.

[1]3 - Alain TRANOY, op. cit., p. 105.

[1]4 - Jean GIONO, in Frank Tenaille, « Sète : la Méditerranée, mémoire d’avenir », extrait du livret de Port d’attache, album du groupe Une Anche passe, Buda Records,92654-2,1996, pp. 3-4.

IL SECONDO CORSO DI CULTURE E CIVILTA' DEL MEDITERRANEO

Coordinato da Hassen Slama

LA STORIA DEI RAPPORTI FRA I POPOLI

DEL MEDITERRANEO

MIGRAZIONI, CONFLITTI, INTRECCI ETNICO-CULTURALI